Le couple Franco-Allemand, peut-il toujours piloter le projet européen ?
Blog post, 03/01/2026, de Sven Franck (in Deutsch, in english) -
TL;DR – Les deux moteurs du projet européen se trouvent à la croisée des chemins : une véritable intégration européenne pourrait constituer un remède face à l'extrême droite sur le plan intérieur et aux menaces de Poutine et de Trump. Mais une Europe plus forte impliquerait aussi que la France et l’Allemagne acceptent de prendre du recul. Pourquoi le faire ?
La politique est en retard sur l’opinion publique
Les citoyens ont déjà compris l’urgence. Un sondage récent montre que, dans la plupart des États membres, une armée européenne est préférée aux forces nationales, et même aux forces de l’OTAN. Les citoyens demandent de l'intégration et de la coopération, mais la réalité franco-allemande est différente : lorsqu’il existe la volonté politique, comme dans le projet de Système de combat aérien du futur (SCAF/FCAS), les partenaires industriels se disputent le leadership. Et le plus souvent, il n’y a même pas de volonté politique, comme pour l’engagement à consacrer 5 % du PIB aux dépenses de l’OTAN ou les 100 milliards d’euros que l’Allemagne souhaite investir dans la défense - rien de tout cela ne sera consacré à une armée européenne, mais pour le niveau national, ce qui signifie une renationalisation supplémentaire du projet européen.
Peut-on imaginer les États-Unis comme puissance géopolitique avec 50 armées, 50 politiques étrangères et 50 ministères de la Défense ? Car c’est bien ce que privilégient nos gouvernements nationaux. Pire encore, nous ne réarmons pas l’Europe, mais les nations - dont beaucoup entre-eux risquent de basculer vers des partis nationalistes. Que se passerait-il si, dans un jour proche, les États-Unis décidaient de se retirer, laissant une Europe dirigée par des gouvernements de l'extreme-droite, lourdement armés et avec le projet européen passerait au second plan ? Nous avons déjà vécu cela. Deux fois.
Une armée européenne « origami » ?
Ainsi, si la France et l’Allemagne peuvent confortablement parler d’une « Europe plus forte » sans devoir, la situation est très différente dans les petits États membres. La Slovénie, la Lettonie, l’Estonie ou encore l’Irlande, par exemple, ne disposent chacun que d’environ 7 000 militaires d’active — bien trop peu pour se sentir en sécurité.
Il y a 20 États membres dans la zone euro et 23 dans l’espace Schengen : il n’est pas nécessaire de tout faire à 27. À l’image d’un origami, les petits États membres pourraient créer les premiers « plis » et esquisser les contours d’une future structure plus large — plateformes communes, achats conjoints, chaîne de commandement et, pourquoi pas, un service militaire Erasmus. Avec un noyau fonctionnel, d’autres États membres pourraient être convaincus de rejoindre le projet : les pays du Benelux, l’Espagne et le Portugal, peut-être les pays scandinaves.
Car qu’il s’agisse de l’intégration militaire ou de la fédéralisation de l’Union européenne en général, rien n’indique que seuls les grands États membres puissent écrire le prochain chapitre du projet européen. Si la France et l’Allemagne hésitent, il est peut-être temps que les petits États membres prennent le relais. Qui osera un #jumpstartEU ?