Eurobonds pour l’Allemagne, armée européenne pour le Danemark
Blog post, 05/01/2026, de Sven Franck (in Deutsch, in english) -
TL;DR – Après le staccato de déclarations dociles des dirigeants européens et nationaux sur le Venezuela (chapeau à Pedro Sánchez de l'Espagne pour sa parole), Trump a désormais le regard fermement tourné vers le Groenland. Le Danemark, quant à lui, a refusé il y a plusieurs mois tout soutien militaire de l'UE et des États membres. Face au retour brutal de la réalité, est-il le moment de reconsidérer cette position ?
Relever les enjeux
L'enlèvement du dirigeant vénézuélien Maduro fut une opération chirurgicale. Remplacer un président, annoncer la prise de contrôle du pays et exploiter les réserves pétrolières du Venezuela. Zéro victime, le monde intimidé, et de belles images à la télévision. Que demander de plus ?
Mais imaginons qu’il faille déployer des troupes américaines au sol pour occuper un pays de 30 millions d’habitants peu enclins d'être occupées. Si le but sont des accords rapides et des likes sur Truth Social, prend-on le risque d'un conflit militaire majeur, face aux enjeux trop élevés ?
Prenons le Groenland : une base aérienne américaine, 50 000 habitants, quasiment pas de forces armées. Techniquement, il suffit de planter un drapeau et d'en faire le 51ᵉ État. Peu importe l'OTAN et l'ordre international. Trump fait bonne figure sur Fox News, tandis que les dirigeants danois et europénnes « surveillent étroitement la situation ».
C'est facile à dire pour le président letton que le Danemark peut très bien gérer seul sa relation avec les États-Unis. Le Danemark pourrait répondre la même chose à la Lettonie si Poutine venait frapper à la porte. La question est donc : l’Europe peut-elle réduire le risque que l'un ou l'autre scénario se produise - en relevant les enjeux ?
Euro-obligations et armée européenne
La pandémie de Covid a conduit l'Allemagne à accepter des « euro-obligations » temporaires et, au Conseil de l'UE sur le financement de l'Ukraine, l'Allemagne a de nouveau privilégié la dette commune européenne plutôt que l'utilisation des avoirs russes gelés. La situation n'est-elle pas suffisamment grave pour emprunter la même voie en ce qui concerne une armée européenne ?
L'UE dispose même déjà d'une Capacité de déploiement rapide (RDC, avant appelée groupement tactique de l'UE), qui coche toutes les cases pour envoyer rapidement des forces quelque part. Elle est conçue pour le maintien de la paix, la sécurité et la préparation de déploiements plus larges.
Imaginons que le Conseil de l'UE vote le déploiement de la RDC au Groenland (oui, à l'unanimité – pas seulement avec l'accord du Danemark). Bonus : la Première ministre danoise accepte l'offre de Macron de renforcer la sécurité maritime sur la route du Nord – l'un des prétextes avancés par Trump pour vouloir annexer le Groenland.
Comme avec les euro-obligations, il s'agit d’un saut dans l'inconnu pour nos dirigeants nationaux : un petit pas vers une Europe plus unie accroît considérablement, pour Trump, le risque d'un conflit ouvert. Compte tenu de son annonce d'une occupation du Groenland dans un délai de 20 jours, nos dirigeants devons oser enfin plus d'Europe. #jumpstartEU.